Chroniques de Marietou Dia…. Embûches

1997… Dakar ne comptait que très peu d’écoles d’enseignement supérieur privées. Trois d’entre elles tenaient le haut du podium et étaient en train de changer le paysage professionnel. Toute une floppée de jeunes diplômés, purs produits d’écoles sénégalaises, intégraient les plus grandes entreprises jusque-là ouvertes aux détenteurs de sésames occidentaux. Les cartes étaient rejouées. Il aurait sa chance aussi, lui.

Rien n’avait été trop dur ni trop facile dans sa courte vie. Il avait grandi dans une famille de classe moyenne. Parents tous deux fonctionnaires. Un courage à l’opposé de la hauteur de leurs revenus. Ils avaient trimé pour leur donner à lui et sa fratrie une éducation qu’ils n’avaient pas eue. Rien n’avait été trop facile ni trop dur mais ils verraient bientôt le fruit de leurs efforts.

Massamba avait lancé en l’air sa toque, ainsi que les 400 récipiendaires que comptait sa promotion, avec la vigueur que conférait l’espoir de lendemains radieux. Il savait que le bout de papier enroulé d’un ruban vert qu’il tenaient dans sa main n’avait aucune valeur. Un simple papier blanc de format A4 qu’un préposé avait dû enrouler avant d’y inscrire son nom. Il n’était pas en règle avec l’économat. En contrepartie d’une reconnaissance de dette, l’administration avait consenti à lui faire cette faveur. Pour ses parents, il avait accepté de jouer le jeu. Eux ne savaient pas qu’il avait passé sa dernière année en stage non rémunéré. Après sa deuxième année ils n’avaient plus pu continuer à financer ses études. Ils n’avaient rien dit mais les rappels de paiements qui s’accumulaient lui avaient fait comprendre l’évidence. Il était temps pour lui de se prendre en charge.

C’est ainsi qu’il était rentré un soir déclarant avoir trouvé un poste d’assistant administratif dans une petite société. Il vit le soulagement dans les traits de ses parents et se rassura d’avoir menti pour une bonne cause. Et de toutes façons, se disait-il, il ne pourrait en être autrement pendant longtemps ! N’était-il pas de cette élite autoproclamée par tous ces professeurs ?! Il trouverait du travail et très vite. Heureusement que cette dernière année était en alternance école/entreprise. Au final, il ne mentirait que le temps de se poser réellement quelque part.

Ce rouleau de papier vierge dans sa main pesait lourd alors que son sourire disait le contraire. Un an de frais de scolarité. Autant de mois de salaire s’il ne réussissait pas à se trouver un poste décent. Massamba avait dû revoir ses attentes à la baisse quand il avait fallu se rendre à l’évidence que le marché du travail n’était pas aussi rose qu’on le leur avait décrit durant les deux premières années de leur formation. Il avait fini par choisir la filière « gestion » en spécialisation vues ses lacunes en finances et le peu d’attrait que présentaient les « ressources humaines ». Pour preuves, ils n’étaient qu’une vingtaine à avoir opté pour cette dernière.

Gestion… on y trouvait tout et rien à la fois mais ça ferait bien sur un CV. Et puis, ne leur avait-on pas dit qu’ils étaient faits pour réussir ?!

Il lui fallut quelques mois pour se rendre compte de son erreur… Ils étaient nombreux parmi ses camarades de filière à peiner à trouver une place quelque part pendant que ceux des finances et des RH se familiarisaient déjà avec l’entreprise. 5 mois après avoir refusé bien de stages non rémunérés, Mass accepta enfin d’intégrer une entreprise locale, bien loin des standards qu’on lui avait décrits dans ses manuels. Il n’avait pas le choix.

50 000 FCFA d’indemnités de transport. Ils avaient été assez honnêtes pour ne pas parler de salaire. La moitié de ce qu’il devait mensuellement à l’école. Il prit tout de même. En serrant la ceinture il arriverait avec quatre mois d’indemnités à payer un mois de scolarité. Bénis soient ses parents qui avaient réussi à solder l’année précédente en vendant la voiture familiale.

Jeune adulte tout frais sorti du giron familial, Massamba avait tout de même su gérer au mieux ses maigres ressources. Encore heureux pour un étudiant en gestion ! A la fin de sa formation, il restait devoir à son école la modique somme de 800 000 FCFA … Quelques soient ses lacunes en finances il savaient ne pas pouvoir compter sur ce stage pour éponger sa dette. Il lui faudrait trouver quelque chose et au plus vite s’il ne voulait pas que ses parents en aient vent.

Il lança sa toque, prie la photo de groupe, celle avec ses parents, déclina gentiment mais fermement leur invitation au fast food tout près et retourna à son poste d’homme à tout faire. De loin il avait suivi les échanges de ses collègues. Beaucoup avaient reçu une confirmation d’embauche dans de grandes sociétés. Certains s’étaient même inscrits pour un Bachelor à la rentrée prochaine. La filière RH avait fait un carton plein. La filière Finance suivait de peu.

Massamba ne regrettait nullement son choix. Il avait fait au mieux avec ses capacités et les informations qu’il détenait. Il ne désespérait pas de trouver un jour SA place. Celle qu’on lui avait vendu sur les bancs de l’école. Il faisait partie de cette nouvelle élite en chemise blanche et cravate qui allait changer la donne. Son jour viendrait bientôt… Il retira le ruban du rouleau qu’il avait encore en main et déplia la feuille blanche sur son bureau. Elle était bien vierge. Il tira un CV de son sac à dos et le plaça dans la photocopieuse. Il avait 800 000 fois plus de raison de croire en lui dorénavant. Une chose était sûre par contre, il ne pourrait continuer à « travailler » dans cette boîte. L’inspection du travail aurait beaucoup à faire si elle se décidait à se pencher sur les conditions auxquelles étaient soumis ses collègues et lui. Mais qui irait tirer la sonnette d’alarme ?! Tous avaient besoin de ces revenus, bien que modestes.

…à suivre

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un smoothie pastèque-fraises.

Hellooooo mes très chères SADIO,