Je viens de loin – Partie 2

Mor a disparu de ma vie dès le lendemain, je ne le trouvais plus chez lui, il ne répondait plus à mes appels et m’ignorais royalement à l’école. Une semaine plus tard, il était au bras de Nafy… C’était fini entre nous… J’en avais la preuve. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, n’ayant personne à qui me confier, je me suis repliée sur moi, les mois ont passé. 1 mois, 2 mois… Je n’avais plus mes règles. Les ayant depuis à peine un an, oui plus tard que toutes mes copines de classe, et n’ayant personne pour me guider à travers ce passage de l’adolescence, je ne me suis inquiétée outre mesure. J’étais souvent malade. Mon père commençait à se faire du souci. L’intoxication alimentaire dont je pensais être atteinte ne passant pas, il s’est décidé à m’emmener voir le médecin. Nous y trouvons ma mère entrain de nous attendre. Quand j’annonce de manière insouciante au médecin que cela faisait deux mois environ que je n’avais pas eu mes règles, je vois mon père se décomposer sous mes yeux et ma mère manquer de s’effondrer. La vérité s’insinue dans mon esprit froide et implacable, je suis enceinte. Le médecin me prescrit des analyses à effectuer pour confirmer le diagnostic. Je sens un bruit énorme et ma tête partir en arrière, c’est mon père qui vient de m’administrer une gifle retentissante. Je tombe sous les cris de ma mère. Je l’entends annoncer à ceIe dernière « je ne veux plus vous voir, c’est ta digne fille ».

Je suis restée dix ans ensuite sans jamais le revoir.

Les résultats des analyses ayant confirmé ma grossesse. Je suis allée emménager avec ma mère chez mes grands-parents. Nous partagions le même lit et elle a veillé sur moi sans jamais faillir. Elle avait fait sien ce proverbe wolof « kougn fi yepp sa doom mo tax (1)» et avait accepté de manière stoïque ce nouveau coup du sort, malgré tout ce qu’elle entendait. Ses propres parents lui reprochant mon état dû à l’abandon de son domicile conjugal. Ne disposant d’aucune ressource propre à elle, nous traversions des moments difficiles. N’étant pas capable d’assurer mes consultations médicales, je n’ai pas vu de médecin jusqu’à mon accouchement.

Bien évidemment, quand elle s’est décidée à aller voir la mère de Mor, ceIe dernière n’a rien voulu savoir. Reprochant à ma mère de ne pas avoir su apprendre à sa fille à serrer ses cuisses et attacher solidement son pagne. Si j’avais couché avec son fils j’avais dû en faire autant avec tous les garçons de mon entourage… C’est la seule fois où ma mère a craqué et ça je ne le saurai que bien après… les mois passent, mon ventre devient de plus en plus visible, je ne peux pas retourner à l’école, les filles enceinte n’étant pas accepté. Je perds une année et mon avance par la même occasion. Ma mère démarre un petit commerce de vente de sachet de glace, ma grand-mère a du être émue par sa situation à un moment a accepté de lui faire un peu de place dans le congélateur pour mettre une dizaine de sachet d’eau qu’elle vendait une fois glacés 50 fcfa pièce. Ce sont tous ces 50FCFA qui ont payé mon accouchement. D’abord transportée au centre de santé du quartier, le médecin sur place m’a redirigée vers un hôpital je ne pouvais pas accoucher par voie basse, il me fallait impérativement une césarienne, et on devait payer à l’avance. Je n’avais pas de carnet de santé Je ne remercierai jamais assez les sachets de glace de ma ère, sans eux, je ne serai peut-être plus de ce monde. Et jamais je n’aurai serré Assia dans mes bras.

Elle est née un mercredi en plein milieu de journée. 2,5kg de nerfs. Sa voix résonnait partout dans la salle d’accouchement, je continue encore aujourd’hui à entendre son premier cri dans mes oreilles.

Nous sommes rentrés à la maison dès le lendemain de l’opération n’ayant pas les moyens de rester à l’hôpital, mes pansements et le suivi de couches ont été faits dans le poste de santé du quartier. Mon grand-père a tué un mouton pour le baptême de ma fille. Ils ont accepté que je l’appelle comme je voulais, ils ne s’en souciaient guère. J’ai choisi de l’appeler Assia, je portais ce nom au fond de moi, depuis que j’avais lu l’histoire de ceIe épouse de Pharaon, qui fait part. Ainsi fut fait.

Ma mère a dû la déclarer en mettant la mention père inconnu à la place du nom du père.

J’ai repris mes études un an plus tard, dans un autre lycée, laissant Assia à la garde de ma mère. Mes grands-parents ont fini par s’attendrir devant ses pitreries. Elle était une enfant attachante. Petit à petit ma mère a commencé à vendre des jus en plus des sachets de glace, elle commençait à recevoir des commandes, elle faisait des jus de gingembre pour les mariages. C’était assez inhabituel en ce temps, l’aIrait de la nouveauté et les recommandations aidant, elle se constituait sa clientèle. Ce qui rendait notre quotidien un peu plus agréable. Elle pouvait enfin participer à la dépense de la maisonnée et améliorer ainsi nos conditions. Je réussis mon baccalauréat série S1 haut la main. J’avais décidé de faire la fac de médecine. J’y ai été admise. Plus aucun homme n’était entré dans ma vie. Et je n’avais pas l’intention d’en accepter un nouveau.

Pendant les années qui ont suivi je me suis concentrée sur mes études, passant mon temps entre la fac, les gardes, la maison et ma fille. Je devenais la fille que ma mère a toujours rêvé d’avoir. Je l’aidais autant que je pouvais, développant à côté un petit commerce avec ma première bourse. Je me lançais dans le prêt-à-porter et dans la friperie pour étudiant. Trouvant des fournisseurs auprès des grossistes de Sandaga et arpentant les ruelles du marché Colobane. Je faisais mon entrée dans le monde des affaires. Nous avons tenu ainsi, nous payions nos factures et l’école de Assia, notre niveau de vie s’améliorait mois après mois. Nous avons quand même dû déménager de chez mes grands-parents.

Même si les relations s’étaient améliorées, ils ne pardonnaient pas à ma mère son divorce et avaient beaucoup de mal à accepter l’opprobre qu’elle et sa fille jetaient sur eux. J’en ai beaucoup souffert et ma mère aussi. Aujourd’hui je peux les comprendre, ils étaient d’un autre temps.

Nous avons trouvé un petit studio à Fann Hock, une chambre, un petit salon, une cuisine et une salle d’eau. C’était la première fois que maman avait son chez elle. Et je n’avais pas besoin de payer le transport pour me rendre à la fac. Nous y trouvions toutes les deux notre compte, l’essentiel du commerce de son commerce se faisant à domicile. Nous construisions toutes les 3 une nouvelle vie.

Quelques années plus tard, je sortais diplômée et faisais mon entrée comme médecin à l’hôpital où Assia était née…

(1) si quelqu’un ose  mal se comporter avec toi, ce serait pour ce que ton enfant aurait fait  (ndlr)

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