Je viens de loin… Partie 3

Mon commerce marchait bien, je voyageais autant que mes gardes me le permettaient pour aller chercher de la marchandise d’ailleurs. Tissus haut de gamme, bijoux, accessoires en tout genre ont commencé à faire partie de la marchandise que je proposais. Je pensais de plus en plus à ouvrir ma propre boutique, j’avais une clientèle fidèle. Je craignais de ne pouvoir allier mon gagne-pain d’une part et ma passion d’autre part. Passion pour laquelle j’avais fait autant d’années d’études.

Assia grandissait sans encombre entre maman et moi, j’arrivais à subvenir à nos besoins même si maman continuait son commerce. Elle avait pris goût à l’indépendance que procurait l’autonomie financière. Elle renaissait sous mes yeux. Se sentant utile et commençant enfin à jouir d’un minimum de considération et de respect au sein de sa famille. Elle commençait à être sollicitée qui pour une facture qui pour une scolarité à payer qui pour une ordonnance ou pour compléter la dépense quotidienne. Elle donnait autant qu’elle pouvait sans jamais se demander où était toutes ces personnes quand elle-même était dans le besoin. Il n’y avait que moi pour tenir ce genre de réflexion. Ce à quoi, elle rétorquait « je ne le fais pas pour eux, je le fais pour moi»

Je ne pensais pas qu’il serait possible un jour que je m’intéresse à nouveau aux hommes. Et pourtant c’est ce qui était entrain d’arriver. Je voulais me marier et fonder une famille. La plupart des hommes que je rencontrais s’enfuyaient dès qu’ils apprenaient que j’étais maman. Ceux d’entre eux qui ne fuyaient pas, souhaiter rester mais pas pour les mêmes raisons que moi. Parmi eux, il y avait Alioune, marié depuis deux ans et père d’une petite fille. Il était à la recherche de nouvelles sensations ou de je ne sais quoi se plaignant à longueur de journée de sa femme qui n’était pas assez bonne cuisinière, assez intelligente, assez diongué, assez … comme moi en définitive. Ne dit-on pas de se méfier d’un homme qui casse du sucre sur le dos de sa première épouse ?

Je suis partie en courant, bloquant son numéro de téléphone.

J’ai ensuite rencontré Moussa, parfait à tous les égards, d’une très grande disponibilité et acceptant mon statut de mère célibataire. Il avait juste omis de me dire qu’il était déjà marié, oupss. Le coup de fil d’une femme totalement hystérique me traitant de tous les noms d’oiseau, m’a vite fait découvrir le pot-aux-roses. Il semblerait qu’il soit un habitué des faits, d’après sa femme. Elle m’a bien fait comprendre que d’autres avant moi s’y étaient frôlées et qu’on ne les y reprendrait plus, elle savait où j’habitais et où je travaillais et me garantissait une descente musclée si jamais je continuais à courir derrière son mari. Il va sans dire que je lui ai renvoyé illico presto et proprement le soi-disant mari.

Etaient-ils tous pareils ? Pas un pour rattraper l’autre ?

J’approchais de la trentaine et ma vie amoureuse depuis mes 17 ans ressemblait au désert du Sahara. L’étendue de ma solitude, comme le sable était infinie. Les rares points d’eau que j’apercevais étaient en fait des mirages.

Je n’avais aucune expérience amoureuse, mais une réputation bien faite de fille facile. J’avais commis une seule erreur, celle d’avoir été jeune et naïve, bête, dirait certains.

Une nuit de garde à l’hôpital…

Nous avions reçu une femme devant accoucher d’un moment à l’autre. Elle nous avait été transférée depuis une des cliniques huppées de la capitale. 41 ans, primipare, PMA, grossesse précieuse. Peur et désarroi se lisaient sur son visage, elle n’avait certainement jamais imaginé devoir accoucher dans un hôpital public. Son médecin, le docteur Ndiaye, l’avait accompagnée dans l’ambulance. S’excusant de s’imposer à nous… motivant sa venue par le fait de vouloir rassurer sa patiente… qu’il comprendrait, si nous ne l’acceptions pas en salle… qu’il serait dehors à attendre avec le mari de la patiente qui devrait arriver d’un moment à l’autre. Il nous disait cela tout en nous donnant de tête les informations du dossier médical de la patiente. La nuit a été très longue, docteur Ndiaye l’avait passée avec nous, détendant l’atmosphère à certains moments. Il fallait encore la surveiller, et le beau garçon qu’elle venait de mettre au monde passerait quelques jours à la crèche de l’hôpital sur recommandation du pédiatre. Nous pouvions enfin souffler un peu, docteur Ndiaye m’a proposée de l’accompagner annoncer la bonne nouvelle au mari qui attendait dehors. C’est dans une ambiance décontractée que nous sommes sortis. Moi, tout sourire dès que mon regard se posait sur lui, j’avais passé la soirée à l’observer à la dérobée.

Il faisait les cent pas au loin, plus nous nous approchions de lui, plus ceIe impression de déjà vu se précisait, je n’eus soudain plus aucun doute. Il s’est retourné d’un bloc, nos regards se sont croisés. Nous sommes restés figés tous les deux. Incapable lui comme moi d’articuler, le moindre mot. Alors comme ça, c’était lui, le mari de ma patiente de ceIe nuit. Je n’aurai jamais imaginé le revoir dans ces conditions. A voir sa tête, lui non plus. Il était resté le même, même carrure, seuls ses cheveux complètement gris donnaient une idée de son âge réel. A 62 ans, il était toujours bel homme. Même si je pensais qu’il était totalement inconscient de refonder une famille à son âge. Mon envie de s’enfuir s’est disputée la place avec celle de l’affronter une bonne fois pour toutes. Cette dernière l’a emportée, je suis restée face à lui, laissant à docteur Ndiaye le soin de faire les présentations : « M. Diop, l’attente a dû vous sembler insupportable. Nous avons eu une belle frayeur, mais Alhamdoulillah, plus de peur que de mal, vous êtes le papa d’un très beau garçon » Et se tournant vers moi, « Je vous présente le docteur Diop. C’est elle qui s’est occupée de votre épouse cette nuit… »…

« Bonjour papa… ».
Il a essayé de parler plusieurs fois sans succès, sa bouche s’ouvrant et se refermant à chaque fois. J’ai fait demi-tour et je suis partie sous le regard interloqué du docteur Ndiaye.

 

 

dukokalam

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