Embûches… part.2

Marietou Dia

Massamba avait mis la hauteur de ses indemnités sur une sorte de bizutage dédié aux jeunes en alternance ou diplômés. Il ne pouvait concevoir qu’après autant d’années d’études, somme de sacrifices, des gens se suffisaient de miettes jetées par des compagnies aux revenus conséquents. De miettes, pour vivre. Eux, leurs familles et proches si affinités. Il en était arrivé à se demander si ces dirigeants avaient foi en Dieu. Et dans ce cas, quelle pensaient-ils être leur excuse à porter préjudice à des hommes et femmes dont la sueur faisait tenir leurs entreprises. Enfin, il était au bas de l’échelle lui. Il ne pouvait pas comprendre. Il avait lu ça et là que les biens de ce monde rendaient un cœur dur. Il en subissait les effets. Et de devoir se couler dans le moule, venir grossir les rangs des opprimés consentants étaient au-dessus de ses forces.

Il pensait bien souvent à affronter le grand boss. Mais il ne le voyait que très peu. Ou peut-être alors son second, Directeur administratif et financier de son état, responsable des ressources humaines au besoin et casseur de velléités à ses heures perdues. A chaque fois qu’il allait chercher son enveloppe il se promettait de lui toucher un mot de ses malheurs. Ses collègues n’avaient qu’à gérer les leurs, s’ils en trouvaient le courage. A chaque fois donc qu’il allait toquer à sa porte Mass se promettait de lui débiter ce discours qu’il avait mille et maintes fois récité.

« Monsieur Diouf, je ne vous apprends pas que je suis titulaire d’un diplôme supérieur de gestion obtenu dans l’une des écoles les plus prestigieuses de ce pays. Je ne vous apprends pas non plus que j’arrive bientôt à la fin de ma deuxième période de stage. Vous m’aviez promis un contrat à la fin de la première période… pause stratégique… que pensez-vous qu’il en sera dans 1 mois ? J’aimerais être éclairé sur mon futur dans cette grande famille (il avait appris à faire de la politique en devenant adulte) pour pouvoir m’organiser en conséquence… Et selon la réponse de son interlocuteur, il déciderait de la posture à adopter… gratitude, négociations ou tout simplement claquer la porte… »

A chaque fois qu’il frappait à sa porte cette dernière option lui revenait en tête, traînant avec elle toutes les conséquences à court terme qu’il faudrait gérer. Un tien vaut mieux que deux tu l’auras se disait-il alors en franchissant la porte. L’air peu accueillant du sieur Diouf le confortait dans sa décision d’attendre encore un peu. Qui sait, tous ces CV déposés ici et là, ces lettres de motivation rédigées porteraient bientôt leur fruit. Il en était assuré. Ses parents n’avaient pas fait tous ces efforts en vain. Sa chance tournerait forcément un jour.

Et ce fut le cas.

Monsieur Diouf venait de lui notifier la reconduction de sa période de stage pour une troisième fois. Massamba n’avait reçu aucune réponse à ses demandes.

Combien de fois n’avait-il pas cliqué sur la rubrique « SPAM » de sa boîte électronique au cas où un mail salutaire s’y serait caché.

RIEN… TOUJOURS ET ENCORE RIEN… Il avait donc accepté sa mauvaise fortune et en traînant les pieds, s’était rendu dans le bureau du DAF pour donner son accord verbal tout en recevant son enveloppe. Mass s’était mis à la détester et les cinq billets qu’elle contenait encore plus. Elle lui rappelait toutes les entourloupes auxquelles il devait se livrer pour éviter les appels de l’école au début puis ceux de l’huissier en charge de son dossier. Il avait épuisé toutes les excuses possibles. N’eut été la confiance que le Directeur de l’école avait mis en lui, les choses seraient allées loin. Ses parents n’avaient pas été prévenus à sa demande mais il savait que cela ne durerait pas longtemps. Pas après que son dossier est passé en contentieux. Et il n’en voulait pas à son ancien mentor et directeur d’école. Il avait un institut à faire tourner. Et des Mass, il n’en manquait pas dans ce pays.

Il récupéra donc le papier kraft, fît mine de croire aux promesses du peu affable Diouf et retourna à sa table où s’entassaient les documents à photocopier et dossiers à classer. Dire qu’à son arrivée il arrivait à tout faire dans les huit heures de travail que comptait sa journée. Aujourd’hui ses collègues se plaignaient à lui de lui-même en le menaçant de remonter l’information s’il ne se reprenait pas. Mais Mass n’avait pas envie de se reprendre. Il voulait juste se tirer de ce lieu qui avait réussi à casser toute envie de mieux faire en lui.

Il comprenait maintenant ses collègues qu’il fustigeait au tout début. Les traitant de tirs au flanc. Il ne comprenait pas cet empressement qu’ils avaient à fermer ordi et tiroirs dès que la grande aiguille de l’horloge se posait sur le cinq. A 17h10, il ne trouvait plus personne à son poste. Et il rageait, pestant contre leur manque d’ambition et de dévotion à la cause. Un rire raisonna dans sa tête à ce mot. Dévotion… Il comprenait bien mieux maintenant. Le même virus s’était emparé de lui. Mais il s’était promis de ne pas tourner en aigreur cette lassitude qui s’était emparé de son moral. C’était une bataille quotidienne qu’il menait une fois en dehors du local qu’il partageait avec la photocopieuse. Ses collègues n’en feraient pas les frais et encore moins les clients de l’entreprise. Et c’est cette attitude qui lui avait fait gagner la sympathie de ses compagnons de bagne et protégé des foudres du DAF aka Hitii.

Il venait de signer pour une autre peine mais dans son malheur il ne manquait de sourire. Il sortirait de cette cage qui lui servait de bureau et assurerait le remplacement de madame Diagne qui avait encore pris ses congés de maternité. Il repoussa dans sa tête l’expression hautaine avec laquelle Hitii avait annoncé la nouvelle. Encore… apparemment il était de ceux qui considéraient qu’une femme n’avait pas sa place au bureau ou seulement si elle se faisait ligaturer les trompes. Triste personnage…

Comme disait son père, il fallait du tout pour faire un monde et des individus du genre aussi, malheureusement.

Il était près de 18 heures quand Massamba finit de mettre de l’ordre dans ses affaires. Un autre stagiaire avait été recruté et il ne se sentait pas de lui laisser voir la preuve de son désespoir récent. Le malheureux aurait le temps d’apprendre par lui-même à moins qu’il n’y reste pas longtemps du fait d’un bras long. Demain il prendrait son poste au service commercial. Il pourrait enfin mettre en pratique tout ce qu’il avait appris un an plus tôt. Hitii lui avait promis de voir son indemnité à la hausse une fois qu’il aurait fait ses preuves.  Il resterait tout de même avec son statut de stagiaire en attendant cette fin de période. Encore des promesses vaines…

A suivre…

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