Je viens de loin. partie 1

Aéroport Internatonal Léopold Sédar Senghor – 20h

Nous arrivons toutes les deux devant la zone départ. Elle descend ses valises de la voiture, enthousiaste à l’idée de partir. De quitter le cocon familial et de s’envoler de ses propres ailes. Je la rejoindrai dans un mois, pour voir comment elle est installée. Je ne peux m’empêcher d’avoir le cœur gros, c’est la première fois que nous serons séparées. Nous avons traversé tellement d’épreuves ensemble. J’essuie furtivement une larme, Oumar le remarque et me serre la main pour me réconforter. Je colle un sourire sur mon visage et descend rejoindre Assia qui s’active avec ses valises, assaillie par les nombreux bagagistes de l’aéroport. Race spéciale si c’en est une, vous obligeant à accepter leur service pseudo gratuit. On ne les trouve qu’à Dakar, nulle part ailleurs, il ne m’a été donnée l’occasion d’observer un tel spectacle. Ils sont tour à tour bagagiste, agent de change, vendeur de cadenas, de crédit de téléphonique, de carte SIM, interprètes, harceleurs en chef ou pickpocket, c’est au choix, il y en a pour tous les goûts. J’embrasse la scène d’un regard et décide d’aller l’aider, je récupère un chariot clopinant et viens la retrouver, nous y déposons les valises et nous dirigeons vers l’entrée des voyageurs, suivie par un bagagiste. Je la serre dans mes bras et ceIe fois je ne peux retenir mes larmes, je pleure… Nous tombons dans les bras l’une de l’autre, mes larmes nourrissant les siennes, elle a été ma bouée pendant tellement longtemps. Je la repousse acceptant de la laisser partir. Elle ne m’aurait jamais quitté dans cet état si je n’en prenais pas l’initiative. « – Je t’aime Assia… – Je t’aime maman… ». Nous nous rendons compte que le bagagiste derrière nous nous observe avec des yeux ronds, nous partons d’un éclat de rire. La méprise est aisée, personne ne peut imaginer que je sois la mère de ceIe belle jeune fille de 18 ans, je n’en parais guère plus à 35 ans, avec mon boy-friend jean, mon top et ma paire de tennis. Assia s’en va en riant toujours. Je suis heureuse que nous nous quittons ainsi, je la reverrai bientôt si Dieu le permet.

Je retrouve Oumar dans la voiture, il démarre, nous gardons le silence, il me connait tellement bien et respecte ma peine. Les souvenirs m’assaillent. Assia qui dit ses premiers mots, Assia qui fait ses premiers pas, sa première rentrée scolaire… Nous en avons traversé des épreuves ensemble. Mère célibataire à 17 ans.

Je suis tombée enceinte à 16 ans, en ce temps, comme toutes les jeunes filles de mon âge, je découvrais les premiers émois amoureux et rencontrais mon premier petit copain, nous étions dans la même classe en première au lycée. Je découvrais l’école publique sénégalaise et son lot de temps libre pour quelqu’un qui avait fait toutes ses études dans le privé catholique. Mon nouvel environnement contrastait avec l’ancien, je n’avais jamais connu autant de liberté, cours annulé au dernier moment, debrayage et grève se succédant. Nous nous échappions pour aller à la plage entre copines à l’insu de mes parents pris au piège de la routine conjugale et en plein divorce. Je n’en souffrais pas particulièrement, cela faisait des années qu’ils ne s’entendaient plus.

Du haut de mes seize ans et forte de toutes les convictions qu’on peut avoir à cet âge, j’avais jugé que c’était la meilleure chose à faire. Pendant que ma mère pleurait à longueur de journée, je sortais avec les copines et rencontrais dans la foulée Mor. Il a été le premier à me dire qu’il me trouvait jolie et qu’il voulait sortir avec moi, j’en étais flattée. Mor était le bad boy type dont toutes les filles sont amoureuses au lycée. Il changeait de copine comme de chemise. Mor venait d’une famille moyenne avec 8 enfants, sa mère tirait le diable par la queue pour arrondir les fins de mois que ne couvrait pas le salaire de fonctionnaire de l’administration de son père. Mor était son chouchou, elle avait placé tous ses espoirs en lui et assouvissait ses moindres désirs, ses frères et sœur étaient aussi à son service. Mor désirait une paire de Pippen, sa mère sacrifiait repas et factures pour les lui offrir. Mor avait sa chambre à lui pendant que ses autres frères dormaient dans le salon et que ses 4 sœurs se partageaient un cagibi qui leur servait de chambre. Il vivait ainsi sans se poser aucune question flirtait avec le rap et était la star de l’école. Nous faisions le tour des rapatak et des ouvertures de foyer lui sur scène, ses groupies et moi l’attendant dans ce qui servait de fosse. J’étais fière quand il se dirigeait vers moi sous leurs yeux, montrant à toutes que j’étais l’élue. Je les narguais en me pavanant à son bras. Ses textes étaient d’une niaiserie et il n’avait aucun flow, je ne m’en rendais pas compte en ce temps, occupée que j’étais à exister à travers ses yeux. Nous nous retrouvions aussi souvent chez lui, la plupart du temps, il me faisait écouter ses textes et me parlais de ses rêves d’émigration. Tupac venait de mourir et il était convaincu qu’il prendrait la relève. Je ne sais pas aujourd’hui comment j’ai pu avaler tout cela. J’étais jeune et j’étais amoureuse, je ne sais pas si c’est une excuse suffisante à la bêtise. Nous oubliions exercices et révisions et nous adonnions à d’autres jeux.

Entre temps mes parents avaient officialisé leur séparation et ma mère avait accepté de céder notre garde à mon père, n’ayant pas les moyens de subvenir à nos besoins. Elle avait quiIé le domicile conjugal pour retourner chez ses parents. Nous nous retrouvions seuls avec mon père. Aussi aimant qu’il était, il restait un homme sénégalais, il n’a jamais su s’occuper de nous en réalité, se contentant de nous couvrir de cadeaux, nous ne manquions de rien à part de présence affective. Je reste convaincue qu’il nous aimait, qu’il nous aime toujours mais à sa façon.

Mor et moi allions chaque jour un peu plus loin, lui testant mes limites. Et tenant à gagner le pari fait avec ses amis de me dévierger, mais ça je ne le saurai que bien plus tard après qu’il ne soit trop tard. Il réussissait à chaque fois à m’ôter un peu plus de vêtement. Tantôt c’était le t-shirt que je portais pour cacher mes formes avec lesquelles je n’étais pas encore totalement à l’aise ou la mini- jupe que je mettais pour tenter de la jouer aguicheuse.

Il finit par arriver à ses fins, un jeu en entrainant l’autre. Chaque barrière franchie ouvrant la porte à de nouvelles possibilités. J’étais convaincue d’avoir trouvé l’amour de ma vie. Il n’arrêtait pas de me le dire. Je me suis donnée à lui, une seule fois, un après-midi au son de « All Eyez on me »
« …Cause even when I’m high, fuck with me and get crossed later

The futures in my eyes, ’cause all I want is cash and thangs
A five-double-oh Benz, flauntin’ flashy rings
Uhh, bitches pursue me like a dream
Been known to disappear before your eyes just like a dope fiend It seems, my main thang was to be major paid… »

Ca a suffi pour sceller mon sort…

dukokalam

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